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Article paru dans BOUDDHISME ACTUALITES - Numéro 57 / Juin 2004 - Magazine disponible en kiosque (Maisons de la presse, ...).
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Titre : Samten, le moine devenu calligraphe
Sous-titre : Moine bouddhiste au monastère de Sera, à Lhassa, Samten a connu l'enfer des prisons chinoises pour avoir revendiqué l'identité tibétaine.
Libéré, il choisit la voie de l'exil, et s'installe dans les Alpes françaises, à Chamonix.
Samten est né à Lhassa, dans l'appartement familial. Il est le cinquième enfant
de Tsering, originaire de Lhasa et de Phuntsok, originaire d'une famille de
nomades du nord du Tibet. Phuntsok n'est plus aujourd'hui de ce monde. Alors
qu'il était jeune, il était caravanier et faisait régulièrement le commerce
de fromage, de beurre et de viande séchée de yak, transportés à dos de yak.
Chaque expédition pour faire le trajet de son village natal à Lhasa prenait
environ 1 mois de marche. C'est au cours de l'un de ses voyages à Lhasa que
Phuntsok fit la connaissance de Tsering et qu'il l'épousa. Le jeune couple ouvrit
alors une épicerie sur Lhasa. En plus des produits comestibles, il vendait également
des poils et des peaux de yaks et de moutons qui étaient utilisées pour faire
des châles, des pulls, des vestes.
Samten et deux de ses frères ont rejoint le monastère de Sera. Le troisième
frère aujourd'hui décédé de maladie et ses deux soeurs ont poursuivi une vie
laïque normale. Samten était âgé de 11 ans quand il est devenu moine. Auparavant,
il allait à l'école publique tibétaine où il reçut un enseignement en mathématiques,
peinture, calligraphie chinoise et tibétaine. C'est au monastère de Sera, qu'il
commence l'étude de la calligraphie tibétaine. Il restera au monastère de Sera
jusqu'au moment où tout va basculer.
En 1987, il assiste au festival des prières autour du Jokhang. Les moines de
Sera, Drepung et Gaden y sont réunis. Mais les troupes chinoises surgissent
et jettent des bombes lacrymogènes au milieu des moines et des laïques. Les
gens se mettent à courir et les coups de feu éclatent. Il y aura plusieurs tués
et de nombreux blessés. Samten, alors âgé de 11 ans, se trouvait sur le toit
du Jokhang et il lança quelques pierres avant de prendre les jambes à son cou,
fuyant par les toits alors que les soldats s'engouffraient dans les escaliers.
Ils furent 3 moinillons à se réfugier dans la maison d'une famille voisine,
cachés dans des coffres à vêtements.
En 1996, le gouvernement chinois lance la campagne "Frapper fort". Une campagne
de "rééducation patriotique". Parmi les mesures imposées, la possession d'une
photo représentant le Dalaï Lama est interdite et les moines doivent dénoncer
le Dalai Lama pour faire allégeance au gouvernement chinois. Les moines du monastère
de Sera n'acceptent pas cette situation et ferment les portes du monastère durant
3 jours, empêchant les touristes d'entrer, mais la pression de l'armée les fera
rouvrir et les enseignements et les séances de débats seront à nouveau organisés.
C'est durant cette période que Samten va coller quelques affiches sur les murs
de Lhasa. Ces affiches expliquent que le Tibet doit recouvrer sa liberté, que
les Chinois doivent retourner chez eux, que les moines doivent rester unis et
ne plus aller aux enseignements.
A la réouverture du monastère, 65 policiers en charge de la rééducation patriotique
s'installent dans son enceinte. Ils enseignent les "5 livres" : histoire tibétaine
écrite par les Chinois, loi chinoise, histoire chinoise et religion (ne pas
croire au Dalaï Lama, faire bon accueil aux Chinois, ….). Durant l'un de ces
meetings, Samten exprime alors publiquement son opinion. "Les Tibétains sont
tibétains, les Tibétains ne sont pas chinois, nous avons des lois tibétaines,
nous les connaissons, nous devons respecter le Dalai Lama, …". Un mois plus
tard, au milieu de la nuit, quatre personnes arrivent. Il est arrêté et emmené
en jeep. Les fenêtres sont masquées, le véhicule roule environ une demi-heure,
faisant plusieurs détours. Il stoppe. Samten est emmené à l'intérieur du centre
de détention. C'est seulement après 7 jours qu'il apprendra qu'il se trouve
au centre de détention de Sitru. Il y sera interrogé tous les jours durant 1
mois, battu plusieurs fois avec des matraques et électrocuté. Il tombera inconscient
à plusieurs reprises. Il reste 5 mois à Sitru dans une cellule d'isolement durant
les 2 premiers mois. C'est à partir de ce moment que sa mère apprend où il est
va pouvoir lui apporter régulièrement à manger.
Il est ensuite transféré au centre de détention de Gutsa où il restera 2 mois.
Son procès a lieu sans sa présence et il est informé qu'il a été condamné à
3 ans de prison. Il lui reste alors 2 ans et demi à faire. Il est transféré
au centre de détention de Trisam, lequel est un loagaï (camp de travaux forcés).
Il exécutera de nombreuses tâches telles que fabriquer des briques pour
la construction, creuser des tranchées ou vider des fosses sceptiques. La nourriture
consiste en un bol de soupe et une tranche de pain sec le matin, quelques peaux
de légumes ou des morceaux de légumes pourris agrémentés de sable à midi, un
bol de soupe le soir. Après 7 mois sans voir sa famille, il aura la possibilité
de rencontrer sa mère à raison d'une demi-heure par mois. Un jour pour n'avoir
pas enfilé sa chemise de prisonnier, il fut envoyé durant une semaine en cellule
de confinement, sans fenêtre, avec uniquement de l'eau durant une semaine.
C'est le 15 août 1999 que Samten est relâché. Il va rester 2 mois à Lhassa.
Le 25 octobre 1999, il part en direction de l'Inde. Il rejoint un groupe de
17 personnes qui se rend à Shigatse en jeep. Ils vont ensuite entamer une longue
marche de 28 jours pour traverser la chaine himalayenne et regagner la frontière
népalaise. Marche de nuit, sommeil de jour afin d'éviter les tirs des gardes-frontières
chinois. A la frontière népalaise, ils sont arrêtés par les gardes-frontières
népalais qui les relâchent en échange de 1000 rps par personne. Ils gagnent
ensuite le centre de réfugiés de Katmandou où ils vont rester 15 jours avant
de rejoindre le centre de réfugiés de Dharamsala en Inde.
Samten y restera 4 mois avant d'intégrer le Guchusum, une association d'anciens
prisonniers politiques qui offre des formations aux nouveaux arrivants. Il y
étudiera l'anglais et l'informatique durant un an. C'est à cette période qu'il
entre en contact avec Valérie. Ils vont démarrer une correspondance via internet
qui durera deux années jusqu'à une première rencontre en janvier 2002 à Bodhgaya
où devait avoir lieu une initiation du Kalachakra. Durant cette année 2002,
Samten intègre l'université de Sara près de Dharamsala qui forme de nouveaux
professeurs. C'est là qu'il va poursuivre son enseignement de la calligraphie
tibétaine. L'initiation du Kalachakra prévue en 2002 ayant été annulée, elle
est renouvelée en janvier 2003. Samten et Valérie vont à nouveau s'y retrouver et commencer leur vie ensemble.
L'intégration professionnelle de Samten en France n'est pas évidente car il ne parle
pas français et notre société lui est toute nouvelle. Il décide alors de d'exploiter ses connaissances et son talent et de créer
son propre emploi en lançant la marque Esprit tibétain, une marque dont les
produits portent des calligraphies tibétaines. Les premières cartes calligraphiées
voient le jour et rapidement l'association créative du jeune couple donne naissance
à plusieurs séries originales. Samten dessine les calligraphies, Valérie marie
tissus, fleurs séchées, papiers naturels, et autres trouvailles. La carterie
Esprit tibétain est née. Quelques mois après la toute première carte, près de
300 modèles sont proposés, dans diverses séries : des cartes "messages" qui
sont confectionnées à partir de collages de matériaux originaux et qui offrent
un choix large de cartes d'anniversaires, de remerciements, de félicitations,
de fêtes, … ; des cartes "prénoms" où vous découvrez votre prénom écrit en
tibétain, des cartes "astrologie tibétaine" où la personnalité de votre signe
tibétain est décrite, des cartes "photos" qui sont de vraies cartes passe-partout
avec des photos réelles.
Mais l'aventure ne s'arrête pas là. Samten et Valérie ont décidé de diffuser
la culture tibétaine par l'apposition de calligraphies sur des vêtements. Aujourd'hui
une cinquantaine de modèles se déclinent sous une dizaine de motifs brodés et
sérigraphiés. Du débardeur au tee-shirt moulant, du tee-sweat zippé pour les
filles au sweat capuche lourd, du gilet polaire cintré très féminin à la veste
maille/polaire homme, tous les styles sont possibles, pour tous les publics,
des jeunes générations au plus anciennes. Même les p'tits bouts ne sont pas
oubliés, la layette bébé portant un motif tout spécialement créé pour eux.
Samten et Valérie diffusent les produits Esprit tibétain sur Internet via leur
boutique en ligne www.esprit-tibetain.com et directement auprès des magasins.
On peut également les retrouver dans les foires et salons français. Ils seront
présents à la Foire internationale de Nancy du 28 mai au 7 juin 2004, à la semaine
tibétaine à Briançon du 26 juillet au 1er aout 2004, et au Festival culturel du Tibet et des peuples de l'Himalaya les 18 et 19 septembre 2004
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Article paru dans le quotidien l'Est Républicain Meurthe-et-Moselle - Edition du 4 juin 2004 - Magazine disponible en kiosque (Maisons de la presse, ...).
http://www.estrepublicain.fr
Titre : Un amour franco-tibétain
Sous-titre : Samten est né à Lhassa. Valérie est Chamoniarde. C'est l'amour qui les a réunis.
Article : Samten avait 11 ans lorsqu'il est devenu moine bouddhiste. Auparavant, cet enfant de Lhassa allait à l'école tibétaine et vivait une vie paisible
et traditionnelle auprès de ses parents et de ses frères et soeurs. Dix ans plus tard, en 1996, sa vie bascule.
"Au milieu de la nuit, quatre personnes ont surgit. J'ai été arrêté, emmené en jeep. Les fenêtres étaient masquées. Je me suis retrouvé dans un centre de détention".
Quel crime avait donc commis le jeune moine ? Durant un meeting, un mois avant, il s'était publiquement exprimé.
"Les Tibétains sont tibétains. Les Tibétains ne sont pas Chinois. Nous avons des lois tibétaines. Nous devons respecter le Dalai Lama".
Pour l'armée de Pékin, ce délit d'opinion suffit. Interrogé chaque jour durant un mois, battu à coups de matraque, électrocuté, il est placé à l'isolement. Son procès se déroule en son absence. Il écope de trois ans de travaux forcés.
Par internet
Qui imaginerait le parcours dramatique de ce dissident, occupé à des exercices de calligraphie, sur le stand qu'il occupe, avec son épouse, sur la foire de Nancy ? En voyant ce mince jeune homme souriant et détendu, qui pourrait croire qu'il a vécu l'enfer ?
Une fois libéré, Samten a fui le Tibet à pied, à travers les montagnes de l'Himalaya.
"Nous marchions de nuit pour éviter les tirs des gardes frontière chinois. Nous dormions la journée, cachés".
Arrivé au Népal, après bien des déboires, Samten passe en Inde pour rejoindre Dharamsala, résidence du Dalai Lama et point de rassemblement des Tibétains en fuite. Grâce à une association d'anciens prisonniers politiques, il étudie l'informatique et l'anglais. C'est à cette période qu'il entre en contact avec Valérie. La jeune femme démarre avec Samten une correspondance par Internet. "Cela a duré deux ans, avant notre rencontre à Bodhgaya en janvier 2002, à l'occasion d'une cérémonie religieuse".
La Chamoniarde,
qui sort d'une période difficile, après un deuil, retrouvera le bonheur aux côtés de Samten. "A partir de janvier 2003, nous avons vécu ensemble".
Cartes traditionnelles
Retour en France en septembre de la même année. Mariage à Chamonix, en présence de la famille et des amis. Cela ressemble à un happy end mais tout n'est pas facile pour autant. Samten ne parle pas français. A l'exil, s'ajoute le déracinement. L'amour aplanit les difficultés mais il faut vivre et, pour cela, travailler.
Unis dans l'existence, Samten et Valerie le seront aussi dans les affaires. Ensemble, ils lancent une marque de vêtments : "Esprit tibétain". Aujourd'hui, ils déclinent une cinquantaine de modèles aux motifs tibétains brodés ou sérigraphiés.
Débardeur, tee-shirt, sweat capuche, gilet polaire et même layette... Les fringues "Esprit tibétain" se vendent sur internet, en même temps que des cartes traditionnelles, calligraphiées par Samten.
"Nous utilisons toutes sortes de matières, tissus, fleurs séchées, papier naturel. Nous proposons aussi bien des carts prénom, que des cartes astrologie ou des cartes de voeux".
Débutée à l'ombre des montagnes himalayennes, l'existence de Samten se déroule désormais sous les plus hauts sommets d'Europe, aux côtés de Valérie. De l'Everest au Mont-Blanc, une histoire d'amour pas banale.
Signé : Ludovic Bassand
Photo : Dominique Charton
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